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Apocryphe de Skelos
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Sur ce, bon jeu !



 


Mémoires du Feu

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Mer 9 Mai - 14:43
Jour de la Quatrième Naissance



J'ai à nouveau accès à du parchemin et de quoi écrire. D'aucun diraient que j'ai d'étranges priorités. Nous n'avons pas encore les ressources nécessaires pour nous adonner au confort et au superflus et nous sortons à peine de la simple survie...

Nous nous sommes installé plus à l'Est. Il m'était insupportable de bâtir encore sur un lieu de poussière et de cendres que j'avais déjà fait renaître par trois fois. Nous avons choisi un autre endroit pour cette quatrième renaissance ! Je n'ai eu de répit que lorsque la fosse s'est dressée sur les hauteurs. Je n'ai mangé ni bu tant que le feu n'a pas brûlé en son sein.
Combien de temps s'est écoulé ? Des semaines, des mois... Les journées s'allongent et me semblent interminables. Je regarde le ciel et il est toujours gris. Non, le printemps ne viendra pas. Je souffre chaque minute qui passe comme une flèche dans mon flanc. Je bénis la Douleur de me rappeler que je suis en vie. Que serais-je advenue sans mon frère pour prendre soin de moi à l'heure la plus sombre ?
Ainsi renaît le Chœur du Vide, encore une fois. Nous avons choisi une îles comme le jour de notre arrivée. Nous chantons et Ygväsdr a promis qu'il chantait avec nous ! Nous avons besoin de force et de redoubler de ferveur !

J'ai été à la recherche de Danyo, je ne l'ai pas trouvé. Il ne se débrouillera pas longtemps seul...
J'ai été vers le nord, à la recherche de Ragnard que j'espérais voir retourner à son antre. Je n'ai trouvé personne. Un village a poussé sous le barrage mais il était vide. J'ai pris la direction de l'Ouest et j'ai surplombé le Lac aux Reflets un moment. J'ai refusé de m'y attarder. Je m'attendais à trouver Ygväsdr sur la berge qui regardait dans l'eau mais le peu de raison qu'il me reste m'a fait fuir ce mirage... J'ai Mal.

A l'heure fatidique je me suis tenue debout à la tour. J'ai déployé plus de puissance que je n'en avais jamais déployé. A la dernière seconde j'ai douté... Et si je n'étais pas assez forte ? Et si je m'étais surestimée ? Et si tout cela n'avais aucun sens ? Et si...
A cet instant, l'Homme du Froid m'a soutenue comme un socle et je me suis redressée ! J'ai vaincu. Je sais que des guerriers sont venus défendre notre tour mais ils pouvaient bien se sacrifier à cette cause ! Certains tomberaient, leur bracelet altéré, d'autre renaîtraient bénis dans une nouvelle chair ! Moi, je devais nous sauver, nous sauver tous ! Nulle autre que moi ne pouvait accomplir cela. Mon Frère s'est sacrifié et je savais que le Dévoreur marchait avec nous ! Nous sommes certains désormais que nous allons rouvrir les portes ! Je peux déployer assez de puissance, je peux diriger assez de pouvoir !

J'ai sauté du haut de la tour, j'avais foi ! Je me suis précipitée vers la salle des cartes et en un instant, nageant dans la corruption je me suis retrouvée à la Doline. Je sentais la Corruption brouiller mon esprit, courir dans mon sang et ronger mon âme ! La confusion me gagnait mais j'ai conservé mon esprit affûté comme la pointe de mes flèches ! J'avais déjà sauvé ce qui devait l'être (les écrits en ma possession, la dagues maudites du Léopard au Miroir Fumant et l’Épée forgée par Chikeré ! ) En me sauvant, je nous sauvais : la survie était la priorité ! J'ai couru, couru jusqu'à sentir mon sang bouillir et mes poumons éclater ! Je me suis rendue à la grotte comme convenu. Mon frère est renaît et m'a rejoint mais pas d'Ygväsdr... Il m'a protégée jusqu'au bout le froid faisant barrière au souffle qui descendait du nord. Le volcan a tout rasé. La magie l'a suivit et l'explosion des barrière des rois géants s'est jointe au cataclysme. Quand j'ai pu me lever et rassembler un peu mes idées confuses, mon frère m'a fait sortir et j'ai cherché Ygväsdr ! Nous avons parcouru le désert ! Et nous l'avons trouvé...

Tu es assis là, m'attendant derrière la barrière infranchissable, visage couvert et barbe blanchie. Mon frère t'envoie à la poursuite des écrits de Carnamagos ? Parle t-il de son Testament ? Pourquoi t'envoie t-il chercher un ouvrage de nécromancie légendaire ? Ce qu'on dit sur ce texte est aussi sordide que ce qu'il contient ! Je dois demander à mon frère : Pourquoi Carnamagos ? Je sais que Calenzhar est le fils d'un puissant sorcier d'Hyperborée... Serait-il le Fils du Nécromancien ?
Je savais par avance que faire appel à la magie ouvrirait la porte au Tempétueux et je me demande quel pacte tacite vous lient à nouveau. Je prie pour que le Dernier Vœux ne te condamne pas à l'oublie. Il t'a convaincu de son absence d'existence mais moi je sais j'ai extirpé quelque chose ! Quelque chose qui répond comme un démon, qui s'appelle comme un démon, qui obéit comme un démon. Désormais tu es libre et tu serais fou de te faire à nouveau condamner à l'Exil en espérant me revoir. Mais tu l'es, assez fou ! Et je suis dans ta chair cela ne peut être falsifié !

Je te parle...
Quand je suis seule le soir, allongée dans mon lit de fortune, ou devant le feu les yeux plongés dans les flammes, je te parle comme je l'ai toujours fais. Je sais que quelque part tu me réponds. Si tu ne m'entends pas, alors probablement que tu me parles aussi, que les feux de camps et les cheminées résonnent à ta mémoire et cela me suffit.
J'ai marqué dans ma mémoire d'une lumière plus vive que le soleil toutes les images de toi ! De la première à la dernière et je refuse de me contraindre à l'oubli. J'ai hurlé ! J'ai protesté contre le sort ! Je suis en colère ! Pas contre toi, jamais ; mais contre mon impuissance ! « Entre deux battements de cœur » on m'a éventrée ! Te voir derrière la barrière m'a ouvert les entrailles et je les ai senti glisser sur le sol mollement ! Je n'ai pu ensuite que laisser se déverser mon âme misérablement ! Je n'ai pas eu les gestes qu'il fallait. Je n'ai pas dis ce que j'aurais du, je n'ai pas dis ce que tu méritais d'entendre. Je n'ai pas dis ce qu'il fallait que tu entendes. J'en étais tout simplement incapable. Je l'écris maintenant : Je t'Aime, je t'attends...

Chaque nuit j'ai froid, même dans le sud et je cherche ton corps... Chaque feu me rappelle aux nôtres, à ton corps lourd sur le mien...
Il ne se passe pas un instant, pas une seconde sans que j'ai le cœur au bord des yeux. Mais je n'ai pas versé une larme. Pas une seule. Et je n'en verserai pas une avant que tu me reviennes. La dernière que j'ai versé tu m'a tenu dans tes bras après avoir juré que l'on se retrouve. Quel autre choix ai-je que d'avoir foi en cela ! Alors je t'attends. Je t'attends demain, dans un, dix, cent ou mille hivers comme j'ai attendu mon frère que tous disaient mort un temps que je ne sais définir. Comme j’attendrai toujours ma sœur qui ne reviendra probablement jamais. Tu es dans ma Chair je t'emmène avec moi partout où je suis, partout où je vis, partout où j'existe. Tu trouveras toujours un feu près de moi ou autre part sur ta route qui te feras savoir que je suis là, que j'attends.
J'ai l’Éternité devant moi, la Chair me garde des outrages du temps. Si toi tu crains que la vieillesse ne te rattrapes alors réjouie-toi ! Le désert t'aura épargné ! Je t'ai donné tous mes vivres et quand l'eau est venue à te manquer il est resté la Chair : la Chair imputrescible, la chair puissante du Rite ! Tu connaîtras la Faim, tu connaîtras la Soif et tu sauras... Avec ce cadeau je te donne la force et l'occasion de te garder des épreuves du temps et de la survie. Quand tu me reviendras, si le Temps t'as rattrapé, alors je nous offrirai une nouvelle chance : La Vieille Lémure me doit un sortilège et je connais le nom du sort que je désire apprendre maintenant. C'est un sortilège que mon père Darfari a toujours refusé de m'apprendre : Festin de Vie.

Calenzhar et moi ouvriront les portes ! Nous avons ramené le prophète du Gel et cela n'a jamais été fait ! Nous connaissons la raison de l'effondrement de la tour et cela n'avais jamais été fait ! Nous avons changé l'emplacement du feu, et cela n'avais jamais été fait. Cette fois est la bonne ! Le bon endroit au bon moment ! Il ne faut plus douter. Plus JAMAIS ! Ouroboros ! Une nouvelle naissance accompagne le changement et le cycle sera complété ! Je reprends un Nom. Celui que tu m'as donné en tout dernier lieu. Je suis Yielka le Corbeau des Tempêtes ; je suis les Racines Profondes enfoncées dans la Terre. Je suis la Flèche plantée dans le Ciel. Je suis la Passerelle entre les Cieux et l'Enfer et je règne dans les flammes. Je suis le Seigneur du Crépuscule d'Argent !
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Mer 23 Mai - 21:31
I. Le jour du foyer



Qu'importe le chemin douloureux qui fut traversé pour celui ou celle qui trouve un logis accueillant. L'amour ne fait aucune différence entre les miettes et les joyaux. Il accueille tout d'un cœur avide et inassouvi lorsqu'il fut vide auparavant ! Quand ce cœur partage son battement avec une chair blessée et un ventre affamé, il trouve un repos sans pareil dans l'amour sincère et inconditionnel. J'aime tous mes frères et sœurs, qui qu'ils soient, d'où qu'ils viennent, quoi qu'ils aient fait, fassent et feront dans le futur. Cet acte d’accueil et d'amour sans condition ni connaissance, est une action de la conscience qui repousse les regrets. C'est un acte de foi ! Son fruit est lui aussi accueilli avec joie et sincérité. L'amour n'est pas fonction d'un mystère terrestre inexpliqué des sentiments, ni fonction du temps qui s'écoule, c'est une décision pleine et entière : absolu. Une chose à laquelle on se dévoue comme on se dévoue à une cause. Ainsi vint ma petite sœur. Je la prends dans mes bras et c'est l’abîme du Vide qui l'embrasse. Qu'elle m'accueille à ton tour dans l’abîme...

Belzyetha, fille du sang picte des Barrachans, a trouvé parmi nous le feu du foyer qui lui a manqué longtemps. Elle a trouvé une cause à laquelle livrer son bras. Elle a trouvé une famille et un logis qui l'abritent, la soignent et la nourrissent. Elle a trouvé quelque chose à défendre. Elle fut esclave, à n'en pas douter à voir ses réactions, et elle a très probablement croisé la Volonté du Maître des Demeures Vides en côtoyant les darfaris. A t-elle vécue à Zamboula ? J'essaie de me rappeler si la maison marchande que j'ai dirigé là-bas a accueilli cette fille dans sa prime jeunesse, mais je la pense trop jeune pour avoir été vendue ou achetée par la maison Delsad Abd al Hassan. Maintenant c'est une femme libre, une Sœur du Chœur du Vide et sa nouvelle vie a commencé. Elle évoque parfois le chaman qui a son cœur, ou qui l'eut. Quoi qu'il en soit je ne doute pas qu'il a marqué sa Chair tant dans la Communion du Dévoreur que dans sa peau de femme... Je ne comprends que trop bien désormais et j’évite le sujet qui me fait mal autant que cela lui fait mal ! Le clan compte un nouveau bras armé qui le nourrit de sa ferveur et de sa force en retour. On ne peut se fier véritablement qu'à sa propre chair. Un seul sang, une seule chair, celle de Yog ! Nous sommes un.

Tout change et tout est douloureux parce que précisément rien ne change. Le temps n'efface pas les couleurs, il n'efface pas les sons pas plus qu'il n'efface la sensation de tes mains sur mon corps ! Cependant j'ai mal, parce que je comprends ce que tu disais quand je t'ai ramené. Ton odeur s'efface et elle s'est effacée d'autant plus brutalement que tout ce que nous avions dressé ensemble, tant matériel que symbolique, fut balayé : encore une fois voué au sable et au temps... Moi je reste, figée dans le temps comme je fus figée dans le Gouffre, l'espace d'une seconde ou d'un millier d'années ? Cette question n'a plus la moindre importance. Tout est en moi en un seul moment ici et maintenant toujoursjamais, et pour rientout dans l'univers je ne souhaite oublier. Plus jamais oublier ! Plus rien oublier !
Une chose seule me préoccupe aujourd'hui : rouvrir la Porte ! Ramener Yog et libérer mon frère du Feu du Dieu ! Je cherche parmi les fidèles du Père des Géants du Gel une aide secourable et un soutient aussi fort que le tien. Mais nulle fondation n'est aussi solide que l'Union Sacrée, la nouvelle essence née du feu et de la glace, Materia Prima.
Tout change, rien ne change. Moi voici encore criblée d’accusations comme ton frère et sa femme en firent dans un passé qui me semble pâle aujourd'hui. Si à l'époque cela aurait pu être fondé, peut-être par leurs yeux ou la réalité qu'ils ont fait naître ; aujourd'hui ce n’est plus vrai. Quand aurais-je eu le temps et l'esprit à la politique ? Je me consacre à me relever. Je me consacre à rouvrir les Portes. Je me consacre à ma Petite Sœur et son initiation. Je me consacre à toute autre choses que l'influence matérielle. Je rage des provocations volontaires, je rage des persiflages éhontés mais je ne fais aucun reproche. Je décide que cela n'a aucune consistance, aucune réalité. Fut un temps où je me serais engagée dans la bataille avec un adversaire pour lequel j'aurais du respect et de l'admiration. Pas pour le gain, tu le sais ; pas non plus pour l'influence ni pour l'emprise mais avant tout pour ce vol magistral en tandem et pour la vibration fébrile et l'excitation qu'il procure ! Pour la sensation délicieuse et grisante de danser dans la Tempête ! Toujoursjamais il ne m’intéresse pas de gagner si le jeu est bon et si ma Faim est attisée. Aujourd'hui, ici et maintenant, il n'est pas d'adversaire à cette hauteur pour jouer avec nous. Pas de vol en tandem pas plus que d'excitation fébrile. Pas la moindre surprise, pas le moindre étonnement... Juste des hommes, des hommes misérable à l'existence clouée au sol... Pas la moindre âme qui bouscule mon esprit ou agite mes sens... Pas une seule d'entre elles toutes. A quoi bon, Ygväsdr, jouer aux échecs avec un pigeon ? Quoi que le coup joué soit magistral, l'oiseau imbécile se pavanera en vainqueur, cancanant à la ronde qu'il a gagné, renversant les pièces sur l'échiquier et chiant sur le plateau. Je ne joue plus, ça ne m’intéresse pas. « Echec et mat » voilà trois mots que jamais plus je ne veux entendre d'aucune voix, ni de la tienne, ni de la mienne, ni de celle d'un adversaire imaginaire.

Je suis allé au bout de la quête que nous avions commencé et j'ai trouvé le crâne, j'ai trouvé l'Araignée et un bon nombre de sentiment mitigés. Je garde l'objet en sûreté, je crois que nous pouvons nous en servir. Je possède autre chose de plus précieux encore et j'y sacrifie nos ressources avec foi ! Je crois que le crâne d'Ici et d'Ailleurs peut être une pièce formidable pour ce que nous cherchons à défaut d'avoir à notre portée le Recours de Kukulkan. A ce titre, j'ai une piste mais je rechigne à l'emprunter. La perspective seule de déranger le repos du Némédien me glace. Pourrait-il me hanter pour le reste de l'éternité que je t'attends ? Non. Jamais plus...

Le nom de Magnus Valérius est venu jusqu'à moi, enfant du Serpent comme son frère mais le même sang mauvais dans ses veines. J'ai menti. J'ai menti tout d' abord à moi-même. J'ai dis qu'il était peu probable qu'il partage le même sang. Mais si j'avais été honnête j'aurais gardé ce mensonge à ma propre intention car je ne veux pas, et sous aucun prétexte que ce sang vienne à nouveau à moi. Pourtant il est bien venu... J'ai pensé qu'en le niant, je changerais les faits, mais je n'ai pas nié avec assez de conviction ; et ce sang, je le sait, est bien le mauvais sang de Gladius -Set aie son âme-. Je ne peux refuser à son frère ce qu'il me demande même si j’obtempère à regrets qu'il aie marchandé la chose. J'aurais préféré la lui donner de bon cœur cela aurait eu plus de valeur... Gladius aurait mérité de ne pas voir son sang marchandé. Mais il ont l'avarice dans la peau comme on invite un démon en soi-même alors qu'il est notre propre tourment. Puisse leur or leur brûler les doigts comme il leur brûle l'âme et les yeux !

Je compte mes amis et m'aperçois que je suis peut-être la seule à aimer sincèrement ceux qui m'accompagnent même s'ils ne le comprennent pas. « On a peur de ce que l'on ne comprend pas. » Je ne le sais que trop mais je suis toujours passée au travers. Je ne demande pas qu'ils comprenne,d 'ailleurs, quand j'accorde cette affection, je ne m'attend pas à comprendre, seulement à accepter. Je n'ai pas retrouvé Ragnard cela m’attriste. Frigg est venue me voir et mon cœur a bondi de ma poitrine tant j'étais heureuse mais ce fut de courte durée. Elle n'est venu que me questionner sur les dagues et sur Gladius et son tombeau. J'ai mal. Je sais Thorgaros vivant mais il n'a pas eu la moindre considération quant à Goran, peut-être que je me raccroche d'une façon désespérée à des lambeau de temps que je reconnais... Je ne suis pas seule. J'ai avec moi toute ma Mémoire, le sang ancien des vieille lignées Zhemri, la chair de tous mes frère ici et ailleurs, iciailleurs, icipartout, partoutnullepart ; et je t'ai toi avec moi dans ma mémoire depuis toujours, dans ma peau depuis hieraujourd'hui...

En tout cas il semble que la seule idée que je lui donne mon amitié brûle l'aesir comme une allergie dont il faut vite se séparer. Ou comme si j'étais porteuse d'une peste maudite... J'ai mal. On ne vient s'enquérir de mon état que lorsqu'on a une chose à me demander ou une autre. Comme si j'étais un vulgaire pourvoyeur de tour de passe-passe, une vendeuse d'amulette, une tisseuse de bracelets... Je ne m'offusque plus de l'ignorance qui t'agace tant. Je me contente de ne pas répondre la plupart du temps au sujet de ce qu'ils n'ont pas besoin de savoir. On ne donne pas de perles aux cochons et si les dieux pour eux ne sont que vulgaire arrangement ou au pire une vague distraction, alors ça n'en vaut pas la peine. On me consulte au sujet des dieux, on me consulte au sujet de la sorcellerie, on imagine sacrifice ma chair et mon esprit en me jetant à l’assaut d'artefact maudits sans la moindre considération... On me marchande des choses que je donnerais volontiers et on m'arrache des choses qui n'ont pas de prix et la valeur du sang et des larmes ! J'ai mal... On s'acharne et c'est moi que l'on taxe de vautour !

Calenzhar est obsédé par le Volcan. Nous l'avons exploré et je t'ai emmené avec moi. J'ai été là où le feu rencontre la glace et mon cœur s'en fendu. Je n'y ai trouvé que plus de feu et une chaleur implacable ! Mais Ygväsdr, ô si tu savais ! Ô si tu savais les Noms que j'ai entendu et reconnu là-bas ! Si tu savais ce que j'ai vu là-bas et comme les légendes sont vrais ! Voormithadreth ! Voilà un nom que j'ai parlé en évoquant la vieille traîtrise des Hommes-Serpents de l'Ancienne Valusie et leur maître chthonien le démon Crapaud, l'Abomination Noire de N'Kaï ! Souviens-toi de notre conversation après ton retour quand tu as parlé au Banni et que tu as même douté de ta propre existence ! Souviens-toi ce que nous avons dis sur le Temps et le Rêve ! Si c'est juste alors j'ai toute les raisons d'avoir foi car mon temps ne passe pas comme le tien désormais ! Si j'ai juste alors tes heures sont des semaines pour moi, tes jours des mois et te semaines des années pour moi ! Ô combien je bénis la grâce du Maître du Temps en ces terres car j'ai mille fois le temps de t'attendre. Son écoulement n'aura de prise sur moi si je le décide ! Cela signifie aussi que je retrouverai ma Sœur qui est plus proche que ce que nous pensions ! Cela signifie aussi que je trouverai la clé ! La Clé de la Porte Ultime mais cela pas avant d'avoir partager une véritable vie mortelle avec toi comme juré. Si les serment n'engagent que ceux qui y croient alors moi pauvre sotte, sombre folle damnée, je crois en toi. J'ai Foi !

L'idée de revenir au lac en revanche m'est insupportable ! Aucun n'a questionné mes absences et c'est heureux. J'ai rebattis mon havre dans les montagnes pour t'y attendre. Je sais que tu chercheras un feu. Un feu tu trouveras dans un jour ou dans mille ans.
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Mer 6 Juin - 19:42
II. Le jour du reflet du ciel dans l'eau



Je me souviens d'avoir parlé de la beauté des cataclysmes. Je me rappelle avoir dit à mon Loup Blanc du Nord que nous nous épanouissons que lorsque nous descendons dans les flammes. Comme si un enfer ne suffisait pas, en Zamora nous en avons neuf, dont les marches sont pavées des intentions louables des naïfs et des ingénus... Si les Cimériens pensent qu'ils marcheront à jamais à travers la Lande et les Nordheimirs se convainquent qu'en tombant dans les massacres leur courage verra une récompense, alors qu'est-ce que l'enfer ? Si ici et maintenant nous sommes les éternels prisonniers d'un purgatoire imaginaire, alors qu'est-ce donc que l'enfer ?
L'enfer, c'est l'absence éternelle. L'absence de l'autre, l'absence de soi-même. C’est de ne plus aimer du tout. L'enfer est tout entier dans ce mot : solitude. Mais moi, je ne suis jamais seule. On va en enfer pour ne pas avoir froid, pour fuir l'ennui et la vacuité. Toi et moi, mon aimé, avons cet attrait pour l'enfer ; qu'il soit absolu, symbolique ou qu'il nous soit intérieur. Comme si notre propre enfer ne nous suffisait pas, nous jouissons de partager celui de l'autre. Sais-tu pourquoi ? Parce que l'enfer nous ressemble.
On parle toujours du feu de l'enfer, mais personne ne l'a vu. L'enfer, c'est le froid et la vaste lande gelée. Le gel de l'âme et du cœur. Il faut juger un homme à son enfer ; il faut l'aimer aussi pour cela ! Les mauvais Hommes portent leur enfer en eux et leur sang le charrie toujours. Même en Enfer, régner est digne d'ambition ! Il vaut mieux régner en enfer que de servir à genoux au ciel. Main dans la main, aussi loin que nous soyons descendus toi et moi, nous avons été vainqueurs d'une manière ou d'une autre...
Il n'y a pas « d'échec et mat » dans une partie sans fin qui se joue, non pas contre la fatalité, mais aux côtés de la Destinée. La réponse réside dans la patience. Un seul instant de patience est déjà une victoire contre l'empressement frénétique du monde et contre la fatalité elle-même. La patience est la plus grande de toutes prières car elle est autant une preuve de volonté qu'une épreuve d'endurance. Elle est le fruit de la foi. Elle a beaucoup plus de pouvoir que la force brute. Il faut une infinie patience pour attendre toujours ce qui n’arrive jamais. Je peux tout supporter...

Je parcours incessamment les terres de long en large avec une obsession unique. Je me suis laissé distraire par l'angoisse et l'absence, par la sensation de la perte. Les temps ont été durs, très durs et les gens autour de moi n'ont pas changé :  « on a peur de ce que l'on ne comprend pas. » Nous ouvrons finalement le tombeau et consultons l'original de la Saga. Je regrette que le taxidermiste ne soit pas présent, mais le temps presse et il faut profiter que Warin est concentré sur ses défenses ! Je suis choquée de trouver un coffre vide et sans offrande auprès de la dépouille de l'ancien Skald ! Oublié... Lui qui fut la mémoire de centaines d'autres. Sif Svanhildr se joint à moi et nous remplissons le coffre de ce qui est précieux dans nos affaires, pas grand chose. Finalement, nous trouvons sous la garde du Banni le bras droit de la créature. A n'en pas douter la Pelishtim était folle. Les os du Draugr sont gravés en Shemite, je m'empresse de recopier cela :
Bras droit : « Par le sang consacre ta main, celle dextre qui est la main du pouvoir. »
"Tout savoir ! Pas de merveilles, savoir, dans icipartout comme la source ! Ruptures torsion du cœur croisement et pouvoirs rassemblés ! Saignement dans l'ouverture bien que les mondes traversent la jonction ! Ramper forces dieux rêver ! Nous éclairer dans la vue incomprise non contestée Nyerliathoptep Ishubniggrath !"


Les deux noms qui closent le paragraphe n'ont rien à faire dans le contexte, du moins c'est ce que je pense. Néanmoins, ils n'en font pas moins trembler depuis le début du monde ! Même moi, ils me poussent à la prudence. Il me semble de plus en plus urgent de sceller à nouveau la dernière demeure de la dépouille de la nécromancienne. Cependant, nous n'avons pas pu traduire la stèle même si Belzyetha s'arrange pour que nous disposions  à notre guise des deux pièces ! Mais faut-il voir dans les paroles ambiguës de la nécromancienne pour autant les seules élucubrations d'un esprit malade rongé par la folie et la corruption ? Non, je ne crois pas. Il y a de la clairvoyance même dans la folie la plus obscure.
Je note des références importantes qui peut-être donnent une idée du rituel : "La Source"; " Saignement dans l'Ouverture bien que les mondes traversent la jonction" Cela indique t-il comment le sang doit couler ? Est-ce un codage hermétique qui cache le vrai sens du rituel ?
Le crâne maudit qui fut  gardé par le sceau nordique répète sans cesse dans la tête des vivants :
"XADA-HGLA ! ZOD MANIS ZI BA ! ZIR ILE TEHOM QUADMANIA !"
J'ai traduis cela. C'est la langue des Dieux Extérieurs, celles que pratiquaient les anciens invocateurs Zhemri... Cependant, traduire ne signifie pas comprendre et je n'appréhende pas du tout ce que cela vient faire ici !
"Rien n'est manifeste sous aucune forme. Je suis le premier, le Chaos primordial." De quoi parle t-on ? D'une vanité de la sorcière elle-même ? De la magie qui imprègne le Draugr ? D'un Dieu ancien, aussi ancien que Le Plus Ancien ? Parle t-on littéralement « Du Premier » ?
Toujours plus de questions ! Pourtant la chaman et le Sorcier ne semblent pas avoir d'idée concernant une autre piste à suivre. Moi je pense que le texte est -paradoxalement- à prendre au premier degrés. Et Ombre qui pense me jeter dans la curiosité sans réflexion ! Mauvais comme la peste celui-là ! Je suis une chandelle qui brûle par tous les bouts et ça se voit. Je prends garde aux conversations que j'ai. Je me concentre pour avoir des mots sensés mais elles finissent toujours par échapper à ma vigilance et à se changer en élucubrations désordonnées. Surtout, dans cette affaire, je ne perds pas de vu ce qui a avalé mon frère : La Bouche de la Folie !

Je retrouve enfin Ragnard ! Je l'ai cherché ! Il m'a cherché aussi ! Je suis émue et il m'embrasse d'une étreinte ferme. L'ami que j'avais est resté le même et il m'a renouvelé ses intentions. La première chose qu'il a demandé c'est où est-ce que tu es. Il s’inquiète sincèrement pour moi, et pour les épreuves que je traverse sans toi. Il veux savoir si tu es mort alors, j'explique, un peu ! L'aesir me saisit et m'encourage à l'espoir et à ne pas renoncer ! Il ne sait pas à ce point quelles sont mes certitudes ! Il me demande en quoi j'ai besoin de lui. Bien qu'un bras fort et bien armé à mes côté et dans mes projets soit toujours bien accueilli, j'avoue à cet instant avoir simplement au cœur la joie de retrouver mon ami en vie. Il assure à nouveau son soutient dans ce qui nous attend. Et me jure qu'il viendra l'épée à la main pour moi si je le demande.

Bien avant cela, je passe du temps avec Goran... L'homme est fervent et engagé, j'ai du respect pour ça ! Ma Petite Sœur avisée me fait remarquer à quel point il s'évertue à fuir la solitude. Moi-même, je suis perturbée et ta voix dans la flammes me déconseille de me rendre chez lui, seule la nuit. Je n'écoute pas. Ce que je trouve m'ébranle : un homme seule assis en hauteur sur un trône de craie, les yeux plongé dans la cheminée, en silence dans un grand hall vide... Mon cœur se serre et je dis : « La dernière fois que j'ai vu un homme assis seul sur son trône dans un grand hall vide à méditer devant sa cheminée ça ne s'est pas bien terminé. » Notre échange a des airs étranges. Encore des discours dénués de sens sur la confiance et la compréhension qui ne l'ont guère éclairé. Plus tard, alors qu'il me livre ses confidences, il me retrouve plantée, figée les deux pieds dans l'eau en train de scruter le Lac aux Reflets, en silence dans la nuit... Je cherche dans l'eau la mémoire de la terre, le reflet de tes battisses, celui de ton ponton, et toi... Je suis désemparée de ne rien y voir ! Goran s'approche et fait preuve d'une délicatesse insolite. Il dit « Je crois savoir pourquoi tu restes là... » Moi je réponds : « Oui tu le sais... » Gentiment, il ajoute, sans doute pour m'aider à faire passer le plomb dans ma gorge : « Tu devrais ériger une stèle à sa mémoire. » Je m'insurge vigoureusement ! « Les stèles c'est pour les morts ! » Je réalise dans ses yeux que j'en ai trop dis. Je m'épanche trop mais j'ai besoin d'un ami... Il me surine de questions mais je lui dis que c'est trop compliqué, que connaître la réponse ne l'avance à rien, et que je veux bien expliquer mais que l'histoire est longue. Il me dis qu'il préfère ne pas savoir. Puis je fixe son reflet à lui dans l'eau. Je n'y trouve rien de spécial et je réalise que je délire en m'attendant à t'y voir ! Soudain, alors que plein de compassion il m'encourage à espérer – avec un manque de conviction flagrant - je le laisse là à l'aube ! Je file vers le nord avec l'idée ferme de te trouver.

C'est en enfer, au milieu de la folie et des charniers que je te vois, debout sur tes deux pieds, couronné toujours, dans le carnage et l'horreur ! C'est fugace mais je te vois, quelque part dans ce que je crois être les monts du Vanaheim à la recherche de la Fille du Géant du Gel. Pourquoi ? Penses-tu confronter le Maître du Gel encore une fois ? Penses-tu qu'il réponde ou intervienne ? Penses-tu que cette fois, tu en repartiras ? Que vas-tu chercher la-bas en laissant sur tes traces un chemin sanglant de tous ceux qui sont sacrifiés en ton nom ? Je me souviens d'un crépuscule qui se couche sur le lac du barrage et des larmes gelées sur mes joues. Je me souviens du ciel qui coule et de mon conseil insensé d'aller confronter le Père du Gel... Est-ce dans cet instant de destin que réside la réponse ou en quelque chose qui y ressemble ? Atali te reconnaît c'est certain, tu n'es plus un homme ordinaire Prophète du Gel.
Je vois ta main tendue dans ma direction dans le froid et je crève de  ne pouvoir te toucher ! Mais j'ai désormais une piste pour te visiter. Viendra un moment où le sommeil t'emportera plus paisiblement que d'ordinaire, plus profondément que d'habitude et je parviendrai à m'inviter dans ton Rêve. Je ne suis pas aussi doué que l'est ma Tendre Sœur au Cœur Noir mais je suis sûre d'y parvenir tant l’intimité entre toi et moi est totale. Nous avons partagé trop pour de simple humains. Tu as mangé la Chair, j'en ai la certitude. Quand tu as eu suffisamment faim et soif dans le désert tu as regardé tes derniers vivres tu as considéré le cadeau que je t'ai fais. Tu connais sa valeur et la réalité de sa nature. Tu t'es d'abord dit que tu n'en userais qu'en extrême recours, au seuil de la mort, mais tu t'es rendu à l'évidence que ce n'est ni la faim ni la soif qui auraient raison de toi. Tu es plus fort, plus volontaire et plus fou que ça pour te laisser terrasser par quelque chose d'aussi simple que de te laisser mourir de faim à cause d'un tabou ridicule. Damné pour damné, maudit, fratricide... Alors tu t'y aies résolu sans manière, c'est certain.
Autrefois, c'est ce qui t'as permis d'atteindre Dekara. Cela me permettra de t'atteindre toi ! Tu es dans ma Chair, tu es dans ma peau, tu es dans tout ce qui compose ma mémoire, nous sommes un j'en suis convaincue, lié par un fil d'Argent.

Je n’oublie rien Ygväsdr ! J'ai gravé dans ma mémoire la caresse de tes mains et la pression de tes reins, même de cette dernière nuit dans la chaleur fauve de ma cabane du nord. J'ai savouré cette nuit là chaque seconde en ta compagnie comme un prieur égraine un chapelet car je savais... Je savais qu'avec l'aube et la lumière viendraient les malheur et le drame car c'est au soleil que se révèlent toujours l'horreur qui suit la guerre sur le champ de bataille. J'avais déjà l'intention de te parler. J'avais déjà en tête de t’empêcher de venir avec moi à la tour. La nuit s'est enfuie et le jour s'est levé comme un mauvais présage. Je me suis trouvée enroulée nue dans les couvertures et les peaux qui portaient encore les effluves de la nuit sauvage. Je me suis enroulée comme un chat et j'ai regardé par la fenêtre, le gel. J'ai aperçu ta silhouette près du feu.
Je savais ce matin là qu'il s'agissait de notre dernier matin ensemble avant que tu ne disparaisses. J'ai évoqué un souvenir d'enfance et tu as partagé les tiens : souvenir de ton frère et toi vous battant dans la neige fraîche. J'ai su à cet instant que cela ne pouvait pas bien se terminer. Ce genre de conversation annoncent toujours le cataclysme.Voilà pourquoi tu m'a rattrapée dans les marches de l'escalier où je t'ai avoué que pour la première fois depuis une éternité j'avais peur... Je me souviens de la fois où tu as désavoué mon choix de révéler à Morcant qu'il allait mourir, alors, quand tu as parlé de ton frère et toi enfant, rappelle-toi, je me suis tus. Je me suis fondue dans un long silence avant de te parler du bracelet et de l'issu de la grande magie. Avant de te prendre en otage avec le bouclier... Je savais que nous serions séparés à l'instant même où tu as commencé à sourire des souvenirs heureux de ton enfance. Mais je ne crois pas en la fatalité, j'ai foi.
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